À l’oc­ca­sion d’une absence du prof de morale, je me retrouve avec sept élèves de troi­sième et de quatrième pendant deux heures. Je ne tarde pas à les instal­ler chacun devant un ordi­na­teur : les troi­sième sont char­gés de réali­ser des multi­pli­ca­tions via le jeu “Inva­sion opéra­tions”. Ce jour-là, un garçon de 9 ans découvre égale­ment un jeu inter­ac­tif permet­tant d’ap­prendre du voca­bu­laire. Il ne parle alors pas un mot de français et ce programme va lui chan­ger la vie en lui appre­nant comment comp­ter jusqu’à vingt en français ainsi que du voca­bu­laire usuel pour son âge : gomme, colle, crayon, cahier, récréa­tion, etc. Pendant ce temps, les quatrième préparent leur prochain test en regar­dant des vidéos du style “Khan Academy” que j’avais indiquées dans leur dossier.

Dans ce petit groupe, je constate rapi­de­ment que Georges, de ma classe de quatrième, baille un peu aux corneilles.

— Quel test prépares-tu, Georges ?

— J’ai réussi le dernier test aujourd’­hui, Monsieur.

— Ah… Féli­ci­ta­tions ! Mais que vas-tu faire demain en classe, dans ce cas ?

Georges est en avance sur les autres et reçoit déjà des cours parti­cu­liers de leader­ship en étant chef de groupe. Comment puis-je char­ger utile­ment sa barque ?

— Tu vas faire une élocu­tion. C’est un exposé sur un sujet de ton choix. Tu as une idée ? Un sujet qui te passionne ?

— Je ne sais pas.

— Tu as une idée du métier que tu voudrais faire plus tard ?

— Je ne sais pas encore, Monsieur

— Tu connais Darwin, Georges ?

— Jamais entendu parler.

— Si tu es d’ac­cord, voilà ton sujet : tu vas nous prépa­rer une belle élocu­tion sur Darwin !

Je lui grif­fonne le nom du natu­ra­liste dans son cahier et l’en­voie sur Inter­net décou­vrir de qui il s’agit. Il ne tarde pas à atter­rir sur Wiki­pe­dia et ne comprend pas grand-chose. Je lui montre alors Wiki­mini, mais l’ar­ticle consa­cré à Darwin est quasi­ment vide. Reste la solu­tion YouTube, où nous dégo­tons une belle émis­sion “C’est pas Sorcier” consa­crée au sujet.

Curieux, ses cama­rades, pour­tant occu­pés par leurs maths, finissent par deman­der à voir l’émis­sion, eux aussi. Tout douce­ment, ces enfants découvrent qu’un écran ne sert pas qu’à regar­der un film, le jour­nal, le foot­ball ou The Voice. On dirait qu’ils n’ont jamais vu un docu­men­taire scien­ti­fique de toute leur vie.

Pourquoi deman­der à des adoles­cents de deve­nir scien­ti­fiques, ensei­gnants, magis­trats, méde­cins, si anima­teur télé ou foot­bal­leur est désor­mais le modèle de réus­site ?

Jean-Paul Brighelli – Une école sous influence

 

Après avoir décou­vert une émis­sion sur la fabri­ca­tion du choco­lat, Igor me deman­dera : “On peut trou­ver tout ça à la maison ? C’est super inté­res­sant !”